StratégieWorking Paper

Géopolitique et l'impératif de productivité

Le Canada se trouve à un point d'inflexion où la productivité économique, la révolution technologique et les pressions géopolitiques s'entrechoquent. La productivité horaire du travail demeure environ 25 % inférieure à celle des États-Unis, et le PIB réel par habitant était plus faible en 2023 qu'une décennie auparavant. Cette note d'information soutient que la productivité est devenue une priorité géopolitique — la politique économique est une politique de sécurité — et que l'IA appliquée, même à une échelle modérée, pourrait être le levier pour propulser le Canada sur une trajectoire de productivité supérieure, mais seulement si les obstacles à l'adoption et à la mise à l'échelle sont levés.

Richard St-Pierre·12 décembre 2025·13 min read
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Constat clé : La productivité n'est plus une préoccupation purement économique — elle est devenue une priorité géopolitique. Avec une productivité du travail au Canada environ 25 % inférieure à celle des États-Unis et un PIB réel par habitant plus bas en 2023 qu'une décennie auparavant, l'accélération de la productivité grâce à l'IA appliquée est la seule voie durable pour concilier une croissance plus élevée, la stabilité fiscale et la résilience nationale.

Introduction : Une convergence de défis et d'opportunités

Le Canada se trouve à un point d'inflexion où la productivité économique, la révolution technologique et les pressions géopolitiques se rencontrent. Après des décennies de croissance de la productivité médiocre, le Canada est confronté à une « crise au ralenti » de la stagnation du niveau de vie. Notre productivité du travail par heure reste environ 25 % inférieure à celle des États-Unis, et depuis 2000, la croissance de la productivité du Canada a été en moyenne à peine la moitié des taux américains. Cet écart n'est pas seulement une curiosité économique — il est devenu une menace fondamentale pour la prospérité nationale et même la sécurité. Comme le souligne la dernière enquête de l'OCDE, la faible productivité a entraîné une croissance « léthargique » du PIB par habitant, soulignant un besoin critique de réformes pour renforcer la production potentielle.1

Parallèlement, les forces mondiales augmentent les enjeux. Les tensions géopolitiques et la fragmentation des alliances forcent le Canada à reconsidérer son autonomie stratégique. La réémergence du nationalisme économique — des guerres commerciales entre grandes puissances aux sanctions technologiques — signifie que le Canada ne peut plus présumer d'un accès illimité aux technologies ou aux marchés critiques. Selon un expert en politiques publiques, « les États-Unis ne sont plus un allié fiable, ni économiquement ni militairement » dans un scénario de l'ère Trump.2 Pourtant, les infrastructures numériques et industrielles du Canada dépendent encore fortement de technologies étrangères (des plateformes infonuagiques aux semi-conducteurs), « une grande partie de [notre] infrastructure de communications est sous le contrôle d'entreprises américaines », soulevant des « préoccupations critiques en matière économique, politique et de sécurité nationale ». Dans cet environnement, la résilience et la souveraineté — la capacité de prospérer en utilisant nos propres capacités et des partenariats avec des pays partageant les mêmes idées — sont devenues des impératifs.

La bonne nouvelle est qu'une confluence unique de facteurs offre au Canada une occasion historique d'inverser son ralentissement de productivité et de bâtir une économie plus souveraine et prospère. Une nouvelle vague de technologies à usage général, menée par l'intelligence artificielle (IA) mais incluant également l'informatique quantique et l'énergie propre de nouvelle génération, promet de stimuler radicalement la productivité dans tous les secteurs. Avec la bonne stratégie, le Canada peut exploiter ces technologies pour « croître » et sortir du malaise économique.3 Comme l'a conclu une analyse majeure du McKinsey Global Institute, « seul le scénario d'accélération de la productivité » — alimenté par des investissements élevés dans les technologies transformatrices — combine la croissance de la production et la création de richesse tout en maîtrisant la dette. En d'autres termes, l'accélération de la productivité est de loin la voie la plus souhaitable (voire la seule durable) pour maintenir la prospérité des Canadiens au cours de la prochaine décennie.

Ce document soutient que le Canada peut saisir ce moment en recadrant son approche de l'édification de la nation à l'ère numérique — en traitant l'amélioration de la productivité comme un impératif stratégique au même titre que la défense nationale. Nous devons être audacieux dans notre vision politique, car des ajustements progressifs ou des imitations ne suffiront pas. Les éléments sont en place pour une renaissance de la productivité canadienne : nous avons des chercheurs de calibre mondial, une énergie propre abondante, une scène de startups dynamique et une démocratie stable et ouverte capable d'attirer les talents et les capitaux. Pourtant, les cadres politiques désuets — en particulier en ce qui concerne le financement de l'innovation et les marchés publics — nous freinent, entraînant une stagnation de l'adoption des nouvelles technologies et l'affaiblissement des solutions locales. Sans changements, nous risquons de « rater le coche, encore une fois », alors que les technologies transformatrices sont mises à l'échelle ailleurs et que le Canada est contraint d'importer l'avenir à grands frais.

Géopolitique et impératif de productivité

La productivité n'est plus une préoccupation purement économique ; elle est devenue une priorité géopolitique. À une époque de concurrence entre grandes puissances et de chaînes d'approvisionnement fragiles, « la politique économique est une politique de sécurité », comme l'a récemment formulé le Conseil des innovateurs canadiens. En termes simples, un pays qui ne peut pas produire efficacement des biens et services de pointe verra son autonomie limitée. Les alliés s'attendent de plus en plus à ce que le Canada assume ses responsabilités — que ce soit en matière de dépenses de défense, de technologies propres ou de capacité en semi-conducteurs — et cela nécessitera une base économique plus solide.

Le contexte mondial actuel ressemble à une période de réinvention : certains le comparent à l'ère post-1945, lorsque les ordres mondiaux ont été réinitialisés. Une fois de plus, les choix politiques du Canada aujourd'hui façonneront notre position stratégique pour les décennies à venir. Deux tendances se distinguent :

  • Érosion de l'hégémonie américaine et du commerce fiable. Les États-Unis, notre plus grand partenaire, se replient sur eux-mêmes et sont imprévisibles. Les différends commerciaux et les restrictions technologiques sont plus courants (par exemple, les contrôles à l'exportation sur les puces avancées). Un avis dans Policy Options note que sous une seconde présidence Trump, le Canada pourrait faire face à un « moment décisif » d'une relation fracturée et doit « penser de manière ambitieuse au genre de Canada que nous voulons bâtir » en réponse. Si les politiques américaines menacent notre accès à la technologie ou aux marchés, le seul contrepoids est de développer des capacités indigènes ou de diversifier les partenariats. Il s'agit fondamentalement d'un défi de productivité — nous devons produire des résultats innovants au niveau national ou en concertation avec des alliés de confiance.

  • Course aux armements technologiques (démocraties contre États autoritaires). La course à la domination en matière d'IA, d'informatique quantique et de fabrication avancée ne concerne pas seulement le commerce — il s'agit de savoir quelles valeurs et quels systèmes prévaudront. « Le monde a besoin que l'IA soit développée au sein d'une démocratie ouverte, pluraliste et libre — et non d'un État autoritaire », comme le soutient crûment un analyste. Le Canada, aux côtés de démocraties partageant les mêmes idées, a un rôle à jouer pour s'assurer que la prochaine génération de technologies critiques est alignée sur les valeurs démocratiques. Cela signifie investir dans notre capacité d'innovation et ne pas céder des industries entières. Par exemple, comme l'écrit Peter Leyden, l'Occident devrait se concentrer sur la victoire en matière d'IA (la « principale technologie transformatrice » de notre ère) plutôt que de dépendre de rivaux stratégiques pour celle-ci. Si nous prenons du retard en matière de productivité et d'innovation, nous risquons de devenir techno-dépendants des autres, avec toutes les vulnérabilités de sécurité que cela implique.

Par conséquent, l'amélioration de la productivité est essentielle pour accroître la résilience et la souveraineté du Canada. Une économie plus productive génère la richesse et l'expertise nécessaires pour soutenir une défense plus robuste, pour investir dans les capacités technologiques nationales et pour réduire la dépendance à l'égard de tout fournisseur étranger unique. Il est révélateur que l'Europe — confrontée à des problèmes de souveraineté similaires — ait lancé des initiatives massives pour renforcer la « souveraineté technologique », y compris 1,3 milliard d'euros de financement public pour l'IA, la cybersécurité et les domaines connexes. Les Pays-Bas sont même allés jusqu'à « interrompre l'utilisation de services infonuagiques américains tels qu'Amazon AWS pour les données gouvernementales » et à construire un nuage souverain indépendant. Ces actions soulignent le lien perçu entre le contrôle de la technologie et l'autonomie nationale.

Le Canada devrait tirer des leçons de ces exemples, mais aussi éviter leurs pièges. Nous devons poursuivre la souveraineté numérique et économique intelligemment — non pas en nous isolant, mais en nous assurant d'avoir la capacité de produire et d'innover dans des domaines critiques. En termes pratiques, cela signifie identifier les industries stratégiques (IA, quantique, énergie propre, minéraux critiques, etc.) et réaliser des investissements et des politiques ciblés pour y stimuler la productivité et l'innovation. Cela ne signifie pas nous couper du commerce mondial ou rejeter les meilleures technologies — au contraire, cela signifie utiliser la politique pour renforcer les capacités là où les marchés seuls ont sous-investi, afin que nous ayons des options. Par exemple, maintenir une capacité nationale en matière d'infonuagique et d'infrastructure d'IA pour les données sensibles est prudent, mais cela devrait être fait de manière à ne pas empêcher la fonction publique d'utiliser des outils de calibre mondial en attendant. La souveraineté numérique devrait être définie par la capacité à maintenir le contrôle sur nos données et nos systèmes — et non par une notion dépassée selon laquelle toute technologie doit être produite nationalement. En fait, un expert de l'industrie a récemment souligné que « le stockage des données canadiennes au Canada ne garantit pas la souveraineté » à lui seul — ce qui compte, c'est qui a le contrôle légal et opérationnel.

En résumé : Les changements géopolitiques augmentent le coût de la complaisance. Si le Canada reste à la traîne en matière de productivité, notre influence et notre sécurité déclineront; si nous devenons un leader en productivité dans des domaines clés, nous pourrons peser plus lourd que notre taille et défendre nos intérêts. Cela plaide de manière convaincante pour que stimuler la productivité — en particulier par l'innovation — devrait figurer parmi les priorités nationales, au même titre que la défense et la diplomatie. La section suivante explore comment la croissance de la productivité (ou son absence) affecte directement la santé économique du Canada et sa capacité à manœuvrer dans cet environnement difficile.

Productivité : la clé de la croissance et de la prospérité

L'avenir économique du Canada repose sur une accélération spectaculaire de la croissance de la productivité. La raison est simple : nos moteurs de croissance traditionnels s'essoufflent. La population vieillit (ralentissant la croissance de la main-d'œuvre), et nous ne pouvons pas compter sur des prix des matières premières toujours croissants ou des booms immobiliers pour soutenir la richesse. Pendant ce temps, la dette publique a augmenté pendant la pandémie et ne peut pas continuer à croître indéfiniment. La seule façon de résoudre l'équation — d'augmenter les revenus, de financer les services publics et de maintenir la dette viable — est d'obtenir plus de production des ressources (en particulier humaines) que nous avons déjà. En bref, nous devons faire plus avec moins, grâce à l'innovation et à l'efficacité. Une productivité élevée est ce qui permet aux pays de jouir d'un niveau de vie élevé; en 2023, le PIB par heure travaillée du Canada était d'environ 74,7 $ US, loin derrière les 97,0 $ US des États-Unis — cet écart se traduit par des revenus plus faibles et une marge de manœuvre budgétaire réduite au pays.

D'éminents économistes et institutions ont renforcé ce point. L'étude exhaustive du McKinsey Global Institute sur les bilans mondiaux (actifs, dettes et richesse) a conclu que l'accélération de la productivité est de loin le scénario le plus souhaitable — voire le seul véritablement durable — pour les économies avancées. Dans un scénario de forte productivité, « la croissance économique dépasse la croissance de la dette et de la valeur des actifs », permettant aux pays de « croître vers la santé de leur bilan ». En termes plus simples, lorsque la productivité augmente de manière robuste, le PIB croît plus vite que nos passifs, rendant les dettes plus abordables et la richesse plus solidement soutenue par la production réelle. McKinsey avertit que tous les scénarios alternatifs sont sombres : une stagnation prolongée, une crise de la dette ou une forte inflation — chacun d'eux écrasant la croissance ou érodant la richesse. Le « meilleur résultat de loin », par conséquent, est d'enflammer la croissance de la productivité. Cette voie corrigerait de nombreux déséquilibres : elle permettrait aux pays de « croître vers la santé de leur bilan », aiderait à résoudre les inégalités de richesse en augmentant les revenus de manière générale, et atténuerait les déséquilibres commerciaux à mesure que davantage d'économies deviendraient productives.

Pour le Canada, c'est particulièrement critique. Comme le note l'OCDE, notre croissance par habitant ces dernières années a été « faible en raison de gains de productivité léthargiques », et sans reprise, le niveau de vie stagnera. En fait, TD Économie a souligné que le PIB réel par habitant du Canada était plus bas en 2023 qu'une décennie auparavant — une statistique alarmante qui souligne l'urgence d'un coup de pouce à la productivité. Nous faisons du surplace. Inverser cette tendance est essentiel pour débloquer la prochaine étape de la prospérité canadienne. Si nous pouvons augmenter notre croissance de productivité ne serait-ce que d'un point de pourcentage par an, l'effet cumulatif sur le PIB et les revenus sur une décennie serait énorme — ajoutant potentiellement des centaines de milliards à notre économie. Cela signifie plus de recettes fiscales (sans augmenter les taux), plus de bénéfices commerciaux à réinvestir, des salaires plus élevés et un gâteau économique plus grand pour répondre aux priorités sociales.

De manière cruciale, la productivité ne consiste pas à travailler plus dur, mais à travailler plus intelligemment — en tirant parti de la technologie, des compétences et d'une meilleure gestion pour augmenter la production par heure. C'est pourquoi l'émergence de technologies à usage général comme l'IA représente une opportunité si révolutionnaire. Historiquement, des percées comme la machine à vapeur, l'électricité ou Internet ont généré d'énormes vagues de productivité — mais souvent avec un décalage, et seulement dans les pays qui les ont effectivement adoptées. L'IA a le potentiel d'automatiser ou d'assister dans de vastes pans du travail, de la rédaction de documents à la découverte de nouveaux matériaux. Si elle est exploitée correctement, elle pourrait considérablement repousser la frontière de la productivité dans toutes les industries : une analyse de McKinsey suggère que l'IA générative pourrait permettre une accélération annuelle de la croissance du PIB d'une ampleur similaire à l'impact de la révolution industrielle du 19e siècle (bien que répartie sur de nombreuses années).

Cependant, pour y parvenir, le Canada a besoin d'une adoption généralisée. Un petit groupe d'entreprises de haute technologie devenant plus efficaces ne fera pas bouger l'aiguille de la productivité nationale si le reste de l'économie est à la traîne.

L'arc narratif proposé dans cette note d'information est que l'IA appliquée même à une échelle modérée pourrait être le levier pour enfin propulser le Canada sur une trajectoire de productivité plus élevée — mais seulement si nous levons les obstacles à l'adoption et à la mise à l'échelle. Actuellement, malgré toutes les prouesses du Canada en matière de recherche en IA (nous avons produit des lauréats du prix Turing et des talents de premier plan), la pénétration réelle de l'IA dans les processus commerciaux quotidiens est limitée. De nombreuses entreprises pilotent l'IA, mais peu la déploient à grande échelle. Selon des études du MIT et de Stanford, un "95 % stupéfiant des projets pilotes d'IA en entreprise" n'ont pas d'impact significatif sur les résultats, et seulement "5 % atteignent une accélération rapide des revenus" ou un retour sur investissement significatif. Cela indique un problème majeur de traduction : la technologie existe, mais elle n'est pas mise en œuvre avec succès dans les opérations à grande échelle. Pourquoi est-ce important pour la productivité ? Parce que cela suggère un énorme réservoir inexploité de gains d'efficacité. Si même 5 % des cas d'utilisation peuvent générer des gains exceptionnels (par exemple, une augmentation de productivité de 20 à 30 % dans ces opérations), alors l'extension de l'IA à 50 % ou plus des tâches appropriées pourrait augmenter la productivité à l'échelle de l'économie de plusieurs points de pourcentage. À titre d'analogie, considérez l'IA comme un "multiplicateur de force" pour notre main-d'œuvre humaine : les premières preuves montrent que les entreprises qui adoptent efficacement l'IA connaissent une croissance des revenus 1,5 fois plus rapide que celles qui ne le font pas. Elles obtiennent également des rendements élevés sur leurs investissements en IA (en moyenne 3,7 $ de rendement par dollar investi, et les plus performantes plus de 10 $ par dollar). C'est précisément le genre d'impulsion dont le Canada a besoin.

Pourtant, il y a là un paradoxe : les domaines où les gains de productivité sont les plus nécessaires (par exemple, les secteurs traditionnels comme les soins de santé, les services gouvernementaux, les petites et moyennes entreprises) sont souvent les plus lents à adopter des innovations comme l'IA. C'est pourquoi la politique est importante — le marché à lui seul pourrait ne pas diffuser ces technologies assez rapidement. Il existe un précédent pour l'action gouvernementale visant à propager les gains de productivité : pensez à la façon dont les gouvernements d'après-guerre ont favorisé l'adoption de l'électrification, ou plus récemment, comment certains gouvernements subventionnent l'adoption de technologies par les PME. Compte tenu des enjeux, le Canada devrait envisager des missions ou des incitatifs nationaux pour accélérer la diffusion des technologies améliorant la productivité (IA, automatisation, analyses avancées) dans l'ensemble de l'économie. Par exemple, fixer un objectif (à titre d'expérience de pensée) d'atteindre "l'augmentation par l'IA dans 5 % de tous les emplois d'ici 3 ans" pourrait avoir un effet transformateur. Cela pourrait signifier, par exemple, un système de copilote IA disponible pour chaque analyste gouvernemental, ou chaque fabricant intégrant au moins un processus piloté par l'IA sur le plancher de l'usine. La recherche suggère que même l'automatisation partielle des tâches peut augmenter considérablement la production des travailleurs — une étude a révélé que les assistants de codage IA amélioraient la productivité des développeurs de 20 à 50 % dans certaines tâches. Multipliez ces gains à l'échelle d'une main-d'œuvre, et l'impact macroéconomique est significatif.

Un autre point central : l'investissement productif est le véhicule pour réaliser des gains de productivité. Cela implique de diriger les capitaux vers des "opportunités qui façonnent l'ère" — technologie, infrastructures, énergie propre, défense — qui génèrent des dividendes de productivité à long terme. Les économies saines consacrent une bonne part de leur PIB à de tels investissements, car ils apparaissent aux bilans comme des actifs productifs (machinerie, propriété intellectuelle, etc.) qui augmentent la capacité. Au Canada, l'investissement des entreprises (en particulier en R&D et en TIC) a traditionnellement été en deçà de celui de ses pairs, ce qui explique en partie notre écart de productivité. Pour inverser la tendance, les politiques doivent inciter les secteurs privé et public à augmenter considérablement l'investissement dans l'innovation et l'approfondissement du capital. Comme le note McKinsey, environ 80 % de la croissance mondiale de la productivité provient historiquement de l'investissement en capital et de la diffusion de l'innovation. Pour le Canada, cela signifie encourager les entreprises à investir dans les nouvelles technologies (IA, robotique, logiciels avancés) et pas seulement dans l'immobilier ou l'extraction de ressources. Cela pourrait nécessiter des mesures créatives — de l'amortissement accéléré pour les actifs numériques, au cofinancement de programmes d'adoption de l'innovation industrielle, en passant par l'exploitation des marchés publics (un sujet que nous aborderons à nouveau) comme catalyseur de l'investissement technologique privé.

En résumé, une forte augmentation de la productivité est la clé de voûte de la stratégie économique du Canada. C'est la seule voie viable pour concilier une croissance plus élevée avec la stabilité financière et les exigences croissantes envers le gouvernement. Les prochaines sections examineront comment nous pouvons exploiter l'IA comme levier principal pour atteindre cette accélération de la productivité, et pourquoi notre approche actuelle doit être repensée pour capitaliser pleinement sur cette opportunité.

Footnotes

  1. OECD Economic Surveys: Canada 2025. https://www.oecd.org/en/publications/2025/05/oecd-economic-surveys-canada-2025_ee18a269.html

  2. Policy Options, May 2025. https://policyoptions.irpp.org/2025/05/digital-sovereignty/

  3. "Tendances mondiales des bilans : impact sur la croissance et la richesse," McKinsey, October 2025. https://www.mckinsey.com/mgi/our-research/out-of-balance-whats-next-for-growth-wealth-and-debt

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