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Urgence: La fenêtre d'action se rétrécit

La position concurrentielle du Canada se détériore trimestriellement — le plaçant bon dernier parmi les économies avancées de l'OCDE en matière de croissance projetée du PIB par habitant jusqu'en 2060. Avec seulement 0,7 % de la capacité mondiale de calcul d'IA, un arriéré de demandes de centres de données de 15 GW et 66 % des diplômés en génie logiciel travaillant à l'étranger, la fenêtre d'action se referme. Cette note d'orientation présente une feuille de route échelonnée — de l'établissement d'un Centre numérique canadien au cours des six premiers mois à la mise en service de gigawatts de nouvelle capacité prête pour l'IA d'ici la cinquième année.

Richard St-Pierre·18 mars 2026·4 min read
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Constat clé : L'OCDE prévoit que le Canada sera bon dernier parmi les économies avancées jusqu'en 2060 en matière de croissance du PIB par habitant — avec des investissements des entreprises en baisse 6 trimestres sur 7 (2022–2024) et une chute de la 5e à la 8e place dans l'indice mondial de l'IA de Tortoise en une seule année.

La position concurrentielle du Canada se détériore

La position concurrentielle du Canada se détériore chaque trimestre. Le T2 2025 a montré une baisse de la productivité du travail de 1,0 % après une modeste reprise en 2024 (+0,6 % annuel).¹ L'OCDE prévoit que le Canada sera bon dernier parmi les économies avancées jusqu'en 2060 en matière de croissance du PIB par habitant — un verdict sur la trajectoire actuelle en l'absence d'intervention.² Les investissements des entreprises ont diminué 6 fois en 7 trimestres (2022–2024).¹

Le Canada est passé de la 5e à la 8e place dans l'indice mondial de l'IA de Tortoise en une seule année (2023–2024) avec seulement 0,7 % de la capacité de calcul mondiale.³ Sur 3 162 diplômés en STIM échantillonnés, 25 % travaillent à l'extérieur du Canada, ce chiffre atteignant 66 % pour les ingénieurs logiciels — 84 % de la promotion 2020 d'ingénierie logicielle de Waterloo prévoyaient de travailler aux États-Unis.⁴ Cet exode des talents s'accélère, il ne se stabilise pas.

Les investissements privés américains dans l'IA ont atteint 109 milliards de dollars en 2024 — 12 fois la Chine, 24 fois le Royaume-Uni, et environ 15 fois le capital de risque canadien total tous secteurs confondus (7,1 milliards de dollars en 2023).⁵ Les États-Unis ont produit 40 modèles d'IA notables en 2024 contre 3 pour l'Europe.⁵ Singapour a déployé plus de 1 milliard de dollars singapouriens sur 5 ans avec un objectif spécifique de tripler le nombre de praticiens à 15 000. La France a engagé 2,22 milliards d'euros sur 10 ans, visant à doubler le nombre de spécialistes et à placer 3 institutions dans le top 50 mondial. Le Canada risque un désavantage structurel permanent si ses concurrents consolident leurs avantages pendant la poussée de déploiement actuelle.

L'avantage énergétique est limité dans le temps

L'avantage énergétique représente une opportunité limitée dans le temps. L'actuel arriéré de demandes de 15 GW (20 fois la capacité existante) démontre que la demande existe maintenant.⁶ Les hyperscaleurs prennent des décisions d'emplacement de centres de données sur plusieurs décennies au cours de la période 2024–2027. AWS a engagé 18 milliards de dollars jusqu'en 2037 pour la région de Calgary — décisions prises, capital alloué.⁷ Les 80 milliards de dollars de dépenses mondiales de Microsoft pour les centres de données d'IA pour l'exercice 2025 et les 75 milliards de dollars de dépenses d'investissement de Google pour 2025 (une augmentation de 42 % d'une année sur l'autre) représentent un cycle d'investissement qui se déroule en temps réel.⁸ ⁹

Constat clé : L'arriéré de demandes de 15 GW (20 fois la capacité existante) démontre que la demande existe maintenant. Les hyperscaleurs prennent des décisions d'emplacement de centres de données sur plusieurs décennies en 2024–2027; l'option d'achat d'énergie expire sans valeur si elle n'est pas exercée pendant le cycle de déploiement du capital.

Si le Canada ne parvient pas à résoudre les problèmes d'interconnexion du réseau et à établir des cadres de partenariat avec les Premières Nations pendant cette période, les hyperscaleurs construiront des capacités ailleurs avec des engagements de 20 à 30 ans. L'avantage énergétique ne disparaît pas, mais l'option d'achat expire sans valeur si elle n'est pas exercée pendant le cycle de déploiement du capital.

La crise de productivité s'aggrave

Le recensement de 2021 a révélé que 3 travailleurs canadiens sur 5 occupent des postes à fort potentiel d'exposition à l'IA.¹⁰ McKinsey estime à 4,4 billions de dollars le potentiel de productivité mondiale des cas d'utilisation de l'IA en entreprise, 92 % des entreprises prévoyant d'augmenter leurs investissements — pourtant, seulement 1 % déclarent être « matures » dans leur déploiement.¹¹ Vanguard prévoit un taux d'automatisation de 20 % des emplois américains d'ici 2035, ce qui pourrait faire passer la croissance du PIB à 3 % dans les années 2030 — le rythme le plus rapide depuis la fin des années 1990.¹²

Constat clé : Si les États-Unis atteignent une croissance de 3 % grâce au déploiement de l'IA tandis que le Canada reste à 1–1,5 %, l'écart de productivité deviendra infranchissable. La baisse actuelle de 9 points de pourcentage depuis 2000 pourrait s'accélérer à plus de 20 points d'ici 2035, créant une divergence structurelle permanente.

Si les États-Unis atteignent une croissance de 3 % grâce au déploiement de l'IA tandis que le Canada reste à 1–1,5 %, l'écart de productivité (actuellement 72 % des niveaux américains) deviendra infranchissable. La baisse actuelle de 9 points de pourcentage depuis 2000 (de 81 % à 72 %) s'accélérera à plus de 20 points d'ici 2035, créant une divergence structurelle permanente. À ce stade, la fuite des cerveaux devient une hémorragie cérébrale, car des cohortes entières ne voient aucune trajectoire de carrière canadienne viable.

Feuille de route de mise en œuvre

Mois 1–6 : Fondation

Établir le Centre numérique canadien avec une autorité de contrôle des dépenses calquée sur le GDS du Royaume-Uni. Mandat du Comité des sous-ministres pour le déploiement de l'inférence d'IA dans l'ensemble du gouvernement, démontrant des cas d'utilisation. Approbation du Conseil du Trésor pour un cadre de souveraineté des données différencié (niveaux classifié/Protégé B/Protégé A). Négocier des modèles de financement de la capacité/équité des Premières Nations avec les dirigeants de la Colombie-Britannique, de l'Ontario, du Manitoba et du Québec.

Mois 3–12 : Déploiement

Lancer un processus accéléré d'interconnexion du réseau visant un maximum de 12 à 18 mois avec des garanties de performance. Identifier des corridors de centres de données dans le nord du Québec, le nord de l'Ontario, le Manitoba et la Colombie-Britannique pour le co-investissement dans la transmission. Déployer les premiers 300 millions de dollars du Fonds d'accès au calcul de l'IA, supprimant les barrières de capital pour les PME. Établir 5 Centres d'excellence en IA spécifiques à des secteurs (agriculture, fabrication, soins de santé, services financiers, ressources naturelles).

Année 2–5 : Mise à l'échelle

Mettre à l'échelle les approches réussies à l'échelle nationale. Atteindre plus de 35 % d'adoption de l'IA par les entreprises, contre 12,2 % actuellement. Mettre en service des gigawatts de nouvelle capacité de centres de données à partir de l'arriéré de demandes de 15 GW. Établir le Canada comme emplacement privilégié pour l'inférence d'IA en Amérique du Nord, en tirant parti des avantages énergétiques (5,23–12 cents/kWh, réduction de 50 % des coûts de refroidissement, 82 % non-GES). Inverser la fuite des cerveaux grâce à des opportunités nationales compétitives. Atteindre l'objectif de défense du PIB de l'OTAN d'ici 2027 avec la modernisation du NORAD déployant des systèmes de commandement basés sur le cloud et activés par l'IA sur une infrastructure de calcul souveraine.

Le choix est clair

Le choix est clair : orchestrer le déploiement à grande échelle de l'écosystème d'inférence d'IA, capturant les gains de productivité et les avantages énergétiques, ou poursuivre la trajectoire actuelle vers un désavantage structurel permanent par rapport aux nations paires. Le rôle du gouvernement est de créer les conditions du succès du secteur privé — non pas d'acheter des solutions de fournisseurs, non pas d'imposer des règles générales empêchant l'innovation, non pas de soutenir une recherche qui ne se commercialise jamais. La fourniture de plateformes, l'infrastructure de réseau, les partenariats avec les Premières Nations, la transformation des marchés publics, la rétention des talents et une gouvernance basée sur les risques permettent aux 87,8 % d'entreprises n'utilisant pas encore l'IA de réaliser des améliorations de productivité documentées de 30 à 66 %.

Il s'agit d'un projet d'édification nationale pour le 21e siècle. Tout comme les générations passées ont construit des chemins de fer, des autoroutes et des réseaux électriques pour assurer l'avenir économique du Canada, notre génération doit construire l'infrastructure numérique, d'IA et de productivité qui soutiendra la prospérité pour les décennies à venir. Cela exige un effort « de toute la nation » — la politique gouvernementale, le dynamisme du secteur privé, les innovations du milieu universitaire, et la participation autochtone et communautaire, tous agissant de concert. Le gouvernement fédéral, sous la coordination du Conseil privé, est particulièrement bien placé pour diriger cet alignement. Nous devons agir avec urgence et détermination, car le monde n'attendra pas.

Notes

  1. Statistique Canada, "Productivité du travail, estimations trimestrielles," 2025.
  2. OCDE, "Projections de référence à long terme (PIB par habitant)," Perspectives économiques de l'OCDE, 2024.
  3. Tortoise Media, "Indice mondial de l'IA 2024."
  4. Université de Waterloo / Statistique Canada, études de suivi des diplômés en STIM.
  5. Stanford University HAI, "Rapport sur l'indice de l'IA 2025," Chapitre sur l'investissement.
  6. Data Center Knowledge, "Le Canada s'impose comme une puissance mondiale en matière de centres de données," 2025.
  7. Amazon Web Services, "AWS lance sa deuxième région d'infrastructure au Canada," décembre 2023.
  8. Brad Smith, "L'opportunité en or pour l'IA américaine," Microsoft On the Issues, janvier 2025.
  9. Alphabet Inc., "Résultats du T4 et de l'exercice 2024," Dépôt auprès de la SEC, février 2025.
  10. Tahsin Mehdi et Rene Morissette, "Estimations expérimentales de l'exposition professionnelle potentielle à l'IA au Canada," Statistique Canada, septembre 2024.
  11. McKinsey & Company, "Le potentiel économique de l'IA générative," McKinsey Global Institute, 2023.
  12. Vanguard, "La révolution de l'IA : implications macroéconomiques pour les États-Unis," Vanguard Research, 2024.
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